Cafétéria « Le Russe »

<<Enfin j’ai réussi>>, soupire Clément. Debout de l’autre côté de la rue, il assiste à la fin des travaux de construction de sa boutique. Déjà 19h et les ouvriers s’affairent encore. Les bruits de rabot, de scie et de marteau ne faisaient qu’aiguiser son envie de voir l’ouvrage de ses mains enfin érigé.

– Tout doit être bouclé pour ce soir hein, sinon je ne vous paie pas le reste de votre main-d’œuvre.

– Oui patron mais on a besoin de pétrole dans le lampion du peintre : c’est fini.

– Ok, voici 150F ; ça devrait suffire non ? Et arrêtez de me gaspiller mon kalozin (pétrole). Hier je suis venu surprendre le petit maçon en brûler pour cuire du maïs… Où est votre chef même ?

Visiblement heureux, Clément allait et venait en parfait maestro et maître d’ouvrage.

Comme la majorité des jeunes de son âge, Clément n’a pas d’emploi. La trentaine, il vit avec son cousin avec qui il occupe une des  chambres du bâtiment construit par le père de ce dernier.  En effet, Tonton Moscou comme ils l’appellent dans la famille, était parti poursuivre ses études en Russie. Tonton Moscou  avait récupéré le petit Clément au décès de sa mère et en a assuré l’éducation avec diverses fortunes…

A la fin de cette année-là, après la classe de 4e, le jeune homme décida à la surprise générale de ne plus continuer ses études. D’ailleurs ses résultats en classe étaient loin d’être élogieux. Même s’il ne tenait pas la lanterne rouge, Clément pouvait à peine compter sur les doigts dans combien de matières il avait obtenu la moyenne requise à part les activités physiques et sportives dans lesquelles il excellait… Pendant les périodes de grèves déclenchées par les enseignants, notre collégien arguait du fait que le BEPC se prépare dès la classe 4è et se rendait, disait-il, « au cours ». A maintes reprises, on l’avait surpris traînant derrière l’église Saint Jean-Baptiste, ou à battre les pavées des ruelles de la Cité Houéyiho en compagnie de copains, les écouteurs de « walkman » collés dans les tympans ou encore, assis sur la terrasse de « La Vaguelette » à côté de la Bourse du Travail.

Un soir, il rentra chez son oncle avec une moto qui selon ses dires, appartenait à un de ses copains. Ledit copain qui devait reprendre sa propriété dès le lendemain, ne s’est jamais présenté. Puis l’on apprit plus tard qu’il l’aurait achetée ; puis une autre version, puis une autre encore…

Les récriminations de Tantie Chantal, la première femme de Tonton Moscou n’eurent aucun effet. Bien au contraire, et à chaque fois,  Clément s’écriait « macou ! » avant de claquer la porte de sa chambre dans laquelle il s’enfermait. Les jours qui suivirent, virent planer une atmosphère glaciale puisque le jeune homme ne saluant personne, allait et venait à sa guise. Le défilé des amis et des copines ne connut pas non plus de répit. Tard les nuits, le portail de la maison  s’ouvrait et se fermait sans aucune retenue. Puis le bruit courut qu’il serait membre d’un syndicat de jeunes fréquentant assidûment les cyber-cafés. Mais le principal concerné démentait vigoureusement ces rumeurs, justifiant ses présences au cyber par l’échange de mails avec des partenaires extérieurs.

Il y a deux ans, un après-midi, une clameur fit sursauter Tantie Chantal de sa sieste. La Police fit son irruption dans la maison pour avait-on entendu, procéder à une perquisition. La porte de la chambre de Clément vola en éclats sous l’assaut des godasses noires. Une demi-heure plus tard, trois flics sortirent avec une liasse de bordereaux de transfert d’argent, des téléphones portables, des pièces d’identité, de la paperasse et embarquèrent du matériel électroménager. Torse-nu, Clément les suivit, menotté et implorant sa tante de l’aider à sortir de ce qu’il qualifiait de akoba.

Il aura passé en tout et pour tout dix-huit mois derrière les barreaux après sa présentation au Procureur de la République. Revenu à la maison depuis quelques semaines, il entreprit, comme il aime bien le dire, « sa reconversion ».

Dieu ne veut pas la mort du pécheur, disait-il. Quand j’étais en prison, j’ai rencontré le Seigneur à travers  Sa Parole. Il m’a parlé, il m’a pardonné, il a été clément envers moi. Moi pauvre pécheur, il a eu pitié de moi et m’a racheté. C’est pourquoi je veux gagner ma vie dignement et mériter la confiance de ma pauvre tante qui a tant fait pour moi. Elle n’a jamais manqué de me visiter et de m’apporter à manger chaque dimanche en prison. Je regrette…

Les jours qui ont suivi, Clément loua un espace attenant à la clôture du voisin immédiat de la maison et commença ses travaux.

L’ouvrage devait coûte que coûte être livré ce soir afin de recevoir les premiers clients dès demain, jour commémorant l’indépendance du Bénin. Le comptoir et les chaises ont été posés et tout est fin prêt pour un début d’activités. Pour ce soir des amis et voisins du quartier ont été invités à déguster gratuitement ce qu’offre Clément.

– Ici, je vends du poulet, du gésier, du spaghetti multicolore, du rouge et blanc, du tapioca, du couscous, du thé, des œufs brouillés ou préparés en omelette. J’ai de l’igname, du aloko, des pommes frites. Tantie Chantou m’a aidé à me procurer les assiettes en plastique chez les Chinois au marché. Je fais aussi du piorwata (Pure Water) glacé, du lait caillé, du café, du mancani (pâte Macaroni) et de la cigarette. Ils ont coupé le courant mais j’ai déjà pris une photo de ma boutique que je vais envoyer à Tonton Moscou. En souvenir de mon oncle et pour lui faire honneur, je l’ai baptisé Cafétéria Le Russe.

Russe

J’espère seulement qu’il aura de quoi être fier de moi. Priez pour moi pour que mon business marche.

 Copyright : dimanche 31 juillet 2016.

 

Publicités

Oui, je suis le père Jacques HAMEL.

Père Hamel

Imaginez qu’en pleine célébration de la sainte messe en l’église Notre Dame de Cotonou, -pour prendre cet exemple-, deux individus fassent irruption avec des armes de poing et prennent en otages les fidèles, montent à l’autel, bousculent le prêtre célébrant, le malmènent et le tuent; non l’égorgent… Stupeur, désolation, lamentation.

Hier, mardi 26 juillet 2016, le consacré (RIP) officiait à l’église quand deux hommes ont fait irruption dans l’édifice puis l’ont égorgé. À la retraite depuis plus de dix ans, père Jacques était installé, à sa demande, dans une paroisse où il avait déjà exercé pour y remplacer le curé lors de ses absences. Dans la mesure où il continuait d’exercer son ministère à 86 ans, bien que la retraite des prêtres est à 75 ans il se sentait encore fort et s’est dit « il n’y a pas assez de prêtres » et donc puisqu’il pouvait encore rendre service, il a préféré rester sur place et continuer à travailler…

Aujourd’hui, je ne publie pas de petite histoire comme j’en ai l’habitude. Et pour cause : face à la barbarie survenue à l’autre bout de notre village commun, je ne puis rester de marbre. <<Ce qui s’est passé ne peut que susciter l’horreur et même la colère devant tant de haine aussi lâchement cruelle que stupidement suicidaire.>> écrit Jean Duchesne.

Je ne manifeste pas une colère aveugle, ni ne pointe du doigt aucune idéologie. Mais devant ce qui est collectivement choquant et inacceptable je m’en voudrais de garder silence.

Je ne rentre pas dans les détails du déroulé de la scène macabre. Tout le monde le sait. Tout le monde l’a vu… Ce qui s’est passé peut arriver n’importe où. Une vague de terreur déferle sur le monde : en Afrique, à nos frontières béninoises, à l’Est de notre pays…

<<L’objet de la vindicte n’était pas l’Occident en général ni sa complaisante et égoïste prospérité qui peut paraître insultante aux pauvres du reste du monde. C’était sa racine, sa source vive même s’il l’oublie – à savoir le christianisme, dans un des moments et des lieux où, discrètement mais invinciblement, il s’actualise le plus explicitement et le plus intensément : la célébration de la messe….                                                                                           Les chrétiens, pour leur part, ne peuvent qu’être choqués et révoltés, comme tout être humain civilisé et digne de ce nom. Mais s’ils doivent être encore plus secoués que les autres, ce n’est pas parce qu’ils sont désormais en droit de penser que leurs assemblées eucharistiques sont désormais dans le collimateur de frustrés en proie à des pulsions homicides stimulées par une propagande délirante. C’est parce qu’ils se retrouvent à nouveau affrontés, comme nul ne peut le désirer ni le prévoir, au mystère du mal dans sa brutalité la plus nue, à cette insupportable énigme que l’amour n’est pas aimé, comme l’a révélé la Croix où s’est laissé clouer leur Seigneur.

Nous continuerons donc d’aller à la messe, quelles que soient nos appréhensions, pour y recevoir l’amour qui vainc la haine parce qu’il ne la rend pas. Et parce que nous voulons aimer ceux qui se croient nos ennemis comme ceux qui s’en fichent, les portes de nos églises restent ouvertes.>> Jean Duchesne.

Âgé de 86 ans, le père Hamel était prêtre auxiliaire de la paroisse de Saint-Étienne-du-Rouvray en Seine-Maritime, il était né en 1930 à Darnétal dans le département. Ordonné prêtre en 1958, il avait fêté son jubilé d’or (cinquante années de service) en 2008. Il officiait avec le père Auguste Moanda-Phuati, curé de la paroisse.

A ma façon, je me fais miroir de la vie de ce serviteur de Dieu, qui comme l’Agneau, a été immolé. C’est mon hommage. Ci-après une vidéo sur lui, sur le père Jacques HAMEL.

Un reportage de 2009 sur le père Jacques Hamel <——cliquer pour lire.

Prêtre un jour, prêtre toujours, Ministre de la Miséricorde de Dieu. Kyrie Eleison, Christe Eleison.

In Fidem, Cotonou le 27 juillet 2016.

N’dékoukou (nouvelle édition)

Hier j’ai eu des moments de fou rire avec des amis.

Tous collègues au sein du même holding, nous venons d’horizons divers, de différents pays. L’occasion d’une rencontre régionale et nous voici tous à Lomé. Certains, découragés par les repas servis à l’hôtel, mais tous, animés par l’envie de goûter à la cuisine locale, nous avons décidé de nous faire plaisir. Kafui et Elom, se proposèrent de nous servir de guides et de nous emmener découvrir le poisson à la braise dans l’une des enseignes de la capitale togolaise… Mais venir à Lomé et ne manger que du poisson braisé ? L’idée ne m’avait pas beaucoup emballé, mais vox populi vox Dei, je me conformai à la décision du groupe. Car si le groupe ne devait que s’en tenir à mon seul moi, nous aurions dégusté soit du gbékui dessi, du fufui ou alors du fétri ou adémin… « Je me rattraperai plus tard » me promis-je.

Nous louâmes deux taxis et formâmes deux groupes de quatre.

La Mitsubishi Lancer qui conduisait mon équipe devait avoir plus d’un quart de siècle d’âge. Assis devant à la droite du chauffeur, je tendis ma main pour tirer la ceinture de sécurité mais mon effort fut vain : la ceinture était coincée. Après un coup d’œil rapide, je me rendis alors compte que le seul confort à l’intérieur était l’autoradio qui crachait un vieux morceau ‘’cubain’’ comme on appelait ce genre de rythme quand j’étais alors écolier. Bien des années plus tard, j’appris que ce rythme dénommé à raison « cubain » est en réalité la salsa. Cubain, car les orchestres ainsi que les chanteurs étaient pour la majorité d’origine cubaine. Notre chauffeur claquait la langue au son de ce fameux cubain dont le refrain semblait dire vaguement « señores… papa Montero Cuba… ». Je le regardais furtivement et riais d’un rire étouffé. Arrivé au prochain arrêt signalé par les feux tricolores du Boulevard, il rabattit légèrement son pare-soleil, en sortit un petit mouchoir avec lequel il se nettoya rapidement le visage en se mouchant.

Je lui demandai de monter légèrement la vitre de mon côté car la fraîcheur du vent me dérangeait. Je fus surpris de le voir engouffrer sa main dans la poche de sa portière pour en sortir et me tendre une manivelle noire… !!!

Manivelle

Derrière, Arlène ne se retint pas. Son rire en contamina plus d’un, y compris le chauffeur lui-même.

«Il faut prendre pour crocher ça au boulon. Tu tournes, tu tournes et ça va monter», me dit-il en mimant le mouvement de la manivelle.

Je fis comme recommandé et réussis avec force mal à faire monter ma vitre qui grinça comme de douleur.  Devant moi, au-dessus de mes genoux, je pus lire comme dans certains taxis de Cotonou : INTERDIT DE PARLER ET DE FUMER AU CHAUFFEUR.

J’en rigolai et demandai au monsieur si je pouvais « tirer une clope… ? « 

Il me répondit que cela ne le dérangeait guère et que je n’aurai pas été pas le premier de ses clients à fumer dans son taxi. Puis il me recommanda de secouer le bout de ma cigarette dehors. La voix couverte par les rires des amis derrière, je lui fis comprendre que je ne fumais point et que vue l’inscription sur la boîte à gants, je me croyais dans un taxi non-fumeur… Il en fut embarrassé mais sourit tout de même. Plus tard, le taxi s’immobilisa puis les deux groupes fusionnèrent à l’entrée du maquis.

Je m’y attendais. Comme dans la plupart des maquis et gargotes de nos quartiers de ville, la terrasse de CHEZ BROVI était assez animée. Une animation typique qu’offre ce genre de restaurant à ses clients.  Des clients attablés. Des tables garnies. Des garnitures selon les choix. Des choix multiples à la carte. La carte des menus, des bières, vins dans presque toutes les mains. Les mains des serveuses occupées à prendre notes des commandes et à servir. Un service ordonné. Un ordre synchronisé, tel une standardisation. Un standard défini par le gérant de l’enseigne. Et dehors, l’enseigne lumineuse, trônant dans un coin de la façade du bâtiment et indiquant le lieu.

Brovi

Des couples allant et venant, des demoiselles rivalisant en gabarit et en sourire décoché au client… J’ai gardé de cette soirée un souvenir aussi bien dans ma mémoire, qu’immortalisé par l’objectif de mon appareil photo.

Nos deux guides nous indiquèrent une table à laquelle une serveuse s’empressa d’accoler une seconde table de sorte qu’elle devint plus longue pour accueillir le nombre que nous étions : huit. Autour de nous, du monde. Des familles venues dîner. Des hommes, certainement des amis ou travaillant ensemble, venus discuter autour de tables garnies de bières. Plus loin dans la quasi-pénombre, des jeunes dames, deux bières devant elles. De ma place, je me surpris à remarquer qu’elles avaient un regard de kleptomane. Je ne m’en revenais pas. A chaque passage d’un homme, elles le pourchassaient et le fouillaient du regard… Je trouvai cette attitude plutôt surprenante. Dans trois ou quatre coins de l’espace couvert par la terrasse, je remarquai des postes téléviseurs diffusant des clips vidéos. Les images du concert de Ray Charles interprétant         I got a woman me firent m’évader quelques minutes. Derrière moi j’entendis dire que l’autre chanteur aveugle mais non moins célèbre était son fils ! De la description faite par le jeune homme, je devinai aisément qu’il parlait de Stevie Wonder. <<hummm, fis-je, depuis quand est-il le fils de Ray ?>> Elom sourit et dit <<mon pote, laisse, ici on est au 228!>> Je mis un laps de temps avant de comprendre qu’il me parlait de l’indicatif téléphonique du Togo, pour signifier que je ne suis pas à Cotonou, au 229… Il m’expliqua qu’à Cotonou les choses sont plus évidentes que chez lui. Vrai ou faux ? Reste à prouver.

Je me reconnectai aux classiques de Ray et au balancement typique de sa tête : gauche, droite, gauche, droite s’accordant parfaitement aux accords de son piano. Mais mon plaisir ne fut que d’un court instant lorsque je fus invité à choisir le poisson que je souhaite avoir comme dîner. C’est la pratique dans ce maquis me dit-on. Alors, je découvris devant moi, posés sur une sorte de plateau en bois peint, une variété de vertébrés aquatiques pourvus de nageoires…

POI

Ils étaient disposés par famille : sole, carpe rouge, dorade, etc…

Les choix faits et les commandes passées, nous passâmes le temps à discuter en attendant d’être servis. Moi, entre deux échanges, je me surpris entrain d’écouter deux dames que je ne connaissais pas, quoique leur discussion fût ennuyeuse. En fait je cherchais un sujet pour la rédaction de ma chronique et je venais de trouver mon fil d’Ariane…

La discussion des deux femmes derrière moi, était ennuyeuse et bourrée de banalités. Le poids de la fatigue me fit m’assoupir quelques secondes. A un moment donné, j’entendis <<N’dékoukou…>> La plus jeune, tête baissée tripotait fébrilement son téléphone portable tandis que la plus grande la fixait en souriant. Je compris plus tard qu’elles attendaient quelqu’un qui non seulement mettait du temps à venir mais qui en cette minute-là, venait de leur faire « faux bon » comme on dit chez nous. En colère, la plus jeune le traita de honvi, ce que je ne puis traduire. Je compris à travers leur français approximatif que la personne qui venait de faire le faux bon, jouait un rôle important dans la vie de Tine, la plus jeune. Tine confiait à son alter ego qu’elle n’avait plus de quoi s’informer des nouvelles activités et autres révélations sur une certaine Kim Kardashian à la télé, ni de quoi suivre ses feuilletons préférés sur une certaine Novelas TV. Et pour cause, son abonnement au bouquet de chaînes internationales avait expiré. De plus, c’est bientôt le 25 du mois et il lui fallait honorer ses impayés de loyer. Le rendez-vous de ce soir était entre autres raisons pour recevoir de quoi renouveler l’abonnement aux chaînes…

– N’dékoukou  appelle-le encore la Tine… insistait la seconde.

Je remarquai que chaque bout de phrase se terminait par un «la» « N’dékoukou la ; attends la; assieds-toi la… »

– Non Dagan, il se prend trop celui-là. Petit abonnement là il se fait désirer. Moi je vais faire comment ? Le propriétaire n’est pas coopératif toi-même tu sais. Il fut une fois où il a carrément enlevé la porte de ma voisine. Moi c’est parce que ses enfants viennent regarder la télé chez moi hein et je leur offre des pots de yaourt. C’est ça sinon il aurait bien pu me stresser… quand même ça fait deux mois d’arriérés. Il n’a pas construit sa maison pour mes beaux yeux.

-Oui je comprends parfaitement la situation. Rémi n’est pas comme ça. Toi aussi rappelle-le non.

<<Tine, quel prénom!>> me dis-je en riant. A ce moment précis, le dîner fut servi.

Nous dînâmes en regardant Donald Trump et commentant les événements de Nice. Chacun y alla de ses émotions.

A la fin du repas et alors que nous marchions pour héler un taxi, nous passâmes devant l’étalage d’une de ces « bonnes dames » de quartiers. Alfred s’acheta une brosse à dents car, déclara-t-il, <<il n’y a pas grande différence entre ce qui vous est offert en pharmacie hein. D’ailleurs là-bas, ils vous vendent le produit avec la climatisation  et les impôts. En plus ces dames-là elles vendent de bonnes marques. >>. Il était comme fier de son achat et fut soutenu dans son argumentaire par d’autres.

Dans le minibus pris au retour, les blagues fusaient de toutes part. Après la Place de l’indépendance et l’Avenue des Nîmes, nous entrâmes dans une ruelle où nous vîmes une bonne douzaine de demoiselles outrageusement fardées pour la plupart, et dont l’habillement laissait facilement deviner l’activité. Pour preuve, elles s’avançaient vers nous à chaque fois que le chauffeur faisait semblant de s’arrêter… Peut-être nous prenaient-elles pour des touristes. L’une d’elle en robe moulante aux motifs ressemblant à la peau d’un léopard, accourut. On aurait dit Tina Turner sur scène dans ses bottines… Alfred demanda au chauffeur de se garer. Je descendis avec lui et nous engageâmes un dialogue.

– Ça va ?

– Bonsoir chéri

A l’audition de ce « bonsoir chéri », j’eus peur me demandant quel pourrait bien être l’accord grammatical que faisait cette demoiselle ? « chéri » était-il singulier ou pluriel ?

Elle enchaîna : « alors on se sent un peu seul ce soir ? Félicienne a de quoi prendre soin et dissiper la solitude. »

– Vous habitez le coin ? demanda Alfred.

– Oui avec mes sœurs mais il y en a parmi nous qui viennent de Agbodrafo, de Bê Kpota et d’autres de Hédzranawoé. Y en a même comme Gifty la nouvelle qui vient de Aflao, pas loin. Elle traverse juste la frontière

– Vos sœurs, dites-vous ? Euuuh… toutes les filles de votre mère sont ici donc ? fis-je exprès.

– Non, non on s’appelle comme ça entre nous. Nous on forme une famille ici et chacune se respecte et respecte l’autre. On se soutient et nulle ne va dans le périmètre de l’autre à moins qu’il n’y ait d’absence et l’absente désigne qui assure l’intérim en accueillant les clients qui viennent dans les deux périmètres.

– Ah donc chacune de vous à son territoire, et en cas d’absence l’intérimaire désignée a si je puis ainsi dire, un plus grand nombre de clients car elle en gère de nouveaux en plus de ceux qui viennent la solliciter dans son périmètre, renchérit Alfred.

– Oui, c’est bien cela mais vous deux-là quelle est votre préférence ? Votre accent n’est pas togolais hein. Vous êtes ivoiriens non ?

– Ah oui ? Donc vous arrivez à distinguer les nationalités par l’accent ! Bravo vous êtes forte, fis-je avec fausse admiration.

– Oui Tonton on a des ivoiriens, des congolais, des béninois, des guinéens, des ghanéens des libériens, des tchadiens…

– Ah au-delà de la CEDEAO, vive l’intégration africaine s’exclama Alfred

– On a aussi des toubabs…

Les amis du bus s’impatientèrent et le firent savoir par des coups de klaxon. Doris en descendit même et cria vers nous « hey moi je ne suis votre copine hein, et j’ai sommeil ! Si vous ne venez plus nous on rentre ».

– Ah on dirait qu’on vous demande dêh, dit Félicienne dans un accent ivoirien. Vous êtes descendus à quel hôtel ?

– Hôtel Sarakawa

– Ah oui on connait ; on a eu des amis là-bas. Quelles chambres svp ? Je sais que vous ne refuserez pas un bon massage, fit-elle en roulant des yeux coquins cachés sous ses faux cils. Nous passerons pour un bon massage hum ?

Nous fûmes interrompus par une autre, d’apparence plus âgée qui, visiblement, n’appréciait pas ce tête-à-tête qui ne faisait que trop durer : « hey Félicienne ce sont des fouineurs de journalistes hein, moi je n’aime pas ça ! D’ailleurs messieurs, quittez le périmètre ».

Je m’approchai de la dame et lui présentai nos excuses dans un baragouin fait de français et de mina. Elle me sourit, faisant apparaître une canine en argent. Je me demandai si elle était musulmane car pour moi, toutes les femmes « d’un certain âge » ayant une dent en or ou en argent étaient toutes musulmanes. Du moins, c’est ce que j’ai toujours observé depuis mon enfance. Elle se moqua de moi. J’eus envie de satisfaire ma curiosité en profitant de la perche tendue par cette brèche.

– Léké mi to nan? (comment vous appelez-vous ?)

– Kosouwa. Mais ici on m’appelle Béa.

– Alors Béa dites-moi, moi je ne veux pas vous importuner mais j’ai juste besoin de vous poser deux questions. N’dékoukou…, pourquoi avoir choisi ce métier et comment gérez-vous votre vie en famille ?

– Hey tu es curieux hein beau gosse. Eh bien j’ai commencé dans ce domaine d’activité pour des besoins matériels. Je dois payer mon loyer, assurer le quotidien de mes trois enfants. Après le décès de mon mari, je me suis retrouvée seule avec les cérémonies humiliantes où on m’a rasé la tête et enfermée pendant plusieurs jours sous le prétexte de la coutume. Je me suis retrouvée seule face aux dettes de mon mari. Je n’en suis toujours fière hein mais okpôa (vois-tu), c’était la seule solution avec laquelle j’ai rapidement de l’argent. J’ai aussi essayé les micro-crédits mais il y a eu mévente et ce ne fut pas facile. Pour mes enfants je n’ai pas pu leur dire la vérité car ce n’est pas facile. Pour eux je travaille comme « bonne » chez un couple libanais.

Je remerciai Béa et lui offris du chewing-gum.

Alfred me suivit et nous rejoignîmes le bus sous le regard foudroyant et désapprobateur de Chantal. Abraham dormait.

Par la vitre arrière, Sikirath nous fit voir les demoiselles regroupées en petit nombre comme en conciliabule. Nous supposâmes qu’elles se concertaient pour former une délégation vers notre lieu d’hébergement. Manque de peau pour elles, aucun de nous n’était logé à cet hôtel, elles s’en retourneront bredouilles !

Notre minibus se gara à notre hôtel.

Dans le hall, quelle ne fut pas la surprise d’Alfred, fier acheteur de brosse à dents, lorsque je lui demandai de jeter un coup d’œil à la marque de son produit…

CulgrateCe qu’il crut avoir acheté n’était en réalité qu’un trompe l’œil. La fameuse brosse qu’il tenait avec fierté, portait plutôt l’inscription d’un certain nom qui n’avait rien à voir avec la célèbre marque. Tout le groupe se dispersa en rigolade…

-Mais ce n’est pas possible, je me suis fait avoir, dit-il

-Ben non Alfred, répliquai-je. Ces dames-là elles vendent de bonnes marques sans aucune différence avec ce qui est exposé en pharmacie, rappelle-toi. Maintenant tu ne vas pas jeter ta brosse CULGRATE car son mode d’utilisation est clairement indiquée sur l’emballage : tu n’auras qu’à te gratter où tu lis avec…

Cette observation déclencha l’hilarité générale de plus belle. Alfred me lança l’emballage que je jetai à la poubelle. Il me pourchassa dans les escaliers et je disparus dans ma chambre en lui lançant « N’dékoukou! »…

Plus tard dans la nuit, Parfait et Ignace m’appelèrent l’un après l’autre pour me demander si j’avais aussi été contacté par la Réception ?

– Non, personne ne m’a appelé.

– Ah il semble que des filles soient venues demander d’après nous dans le hall…

– Alors pourquoi êtes-vous surpris ? Vous avez bien donné vos numéros en ville non ? Sinon je ne vois pas pourquoi ces personnes dépasseraient tous les hôtels et viendraient demander d’après vous ? Hey ce n’est pas clair.

Plus tard les deux vinrent frapper à ma porte pour m’expliquer qu’il y avait erreur. « Le monsieur de la Réception s’est trompé. C’est les deux camerounais qu’il voulait ». M’expliquèrent-ils

Après leur départ je remarquai des ombres longer le couloir menant à l’étage. Ayant ouvert ma porte car croyant qu’on avait frappé chez moi, je distinguai deux autres ombres qui, à en juger la forme sous la lumière faible au fond du couloir, se mouvaient d’une façon bizarre… Le lendemain matin au petit déjeuner, je compris par Gaston, un ami camerounais, le sens de ces ombres que même Hollywood, n’auraient pu imaginer pour ses films…

Gaston, m’expliqua qu’un bon camerounais doit chanter son hymne nationale partout où il passe sur cette Terre.

– Il doit conquérir, planter son drapeau et chanter l’hymne de son pays.

– Je ne comprends pas mon gars.

– Mon frère je ne peux pas te faire analyse logique de la situation, dit-il en posant son regard sur le postérieur d’une des serveuses au buffet.

Voilà donc ce qui se passa hier. « Ah, en fait les coups de fil de la veille, l’erreur de destinataire… Ignace et Parfait appelés par erreur… » Je portai cette révélation à Parfait et Ignace. J’avais compris : Gaston avait donc chanté… mais de quel chant s’agit-il ? Quel en était le refrain ? Je n’osai pas poser la question.

A bientôt pour une autre chronique : petite histoire et récit du quotidien.

 Copyright : samedi 23 juillet 2016.

 

 

N’dékoukou

Hier j’ai eu des moments de fou rire avec des amis.

Tous collègues au sein du même holding, nous venons d’horizons divers, de différents pays. L’occasion d’une rencontre régionale et nous voici tous à Lomé. Certains, découragés par les repas servis à l’hôtel, mais tous, animés par l’envie de goûter à la cuisine locale, nous avons décidé de nous faire plaisir. Kafui et Elom, se proposèrent de nous servir de guides et de nous emmener découvrir le poisson à la braise dans l’une des enseignes de la capitale togolaise…

Je m’y attendais. Comme dans la plupart des maquis et gargotes de nos quartiers de ville, la terrasse de CHEZ BROVI était assez animée. Des clients attablés. Des tables garnies. Des garnitures selon les choix. Des choix multiples à la carte. La carte des menus, des bières, vins dans presque toutes les mains. Les mains des serveuses occupées à prendre notes des commandes et à servir. Un service à l’image de l’enseigne. Et dehors, l’enseigne lumineuse indiquant le lieu. Brovi

Des couples allant et venant, des demoiselles rivalisant en gabarit… J’ai gardé de cette soirée un souvenir aussi bien dans ma mémoire, qu’immortalisé par l’objectif de mon appareil photo.

Nos deux guides nous indiquèrent une table à laquelle une serveuse s’empressa d’accoler une seconde table de sorte qu’elle devint plus longue pour accueillir le nombre que nous étions : huit. Autour de nous, du monde. Des familles venues dîner. Des hommes, certainement des amis ou travaillant ensemble, venus discuter autour de tables garnies de bières. Dans trois ou quatre coins de l’espace couvert par la terrasse, je pus remarquer des postes téléviseurs diffusant des clips vidéos. Les images du concert de Ray Charles interprétant I got a woman me firent m’évader quelques minutes. Derrière moi j’entendis dire que l’autre chanteur aveugle mais non moins célèbre était son fils ! De la description faite par le jeune homme, je devinai aisément qu’il parlait de Stevie Wonder. <<hummm, fis-je, depuis quand est-il le fils de Ray ?>> Elom sourit et dit <<mon pote, laisse, ici on est au 228!>> Je mis cinq secondes avant de comprendre qu’il me parlait de l’indicatif téléphonique du Togo, pour signifier que je ne suis pas à Cotonou… Allez-y comprendre quelque chose… Je me reconnectai aux classiques de Ray et au balancement typique de sa tête : gauche, droite, gauche, droite s’accordant parfaitement aux accords de son piano. Mais mon plaisir ne fut que d’un court instant lorsque je fus invité à choisir le poisson que je souhaite avoir comme dîner. C’est la pratique dans ce maquis me dit-on. Alors, je découvris devant moi, posés sur une sorte de plateau en bois peint, une variété de poissons…POILes choix faits et les commandes passées, nous passâmes le temps à discuter en attendant d’être servis. Moi, entre deux échanges, je me surpris entrain d’écouter deux dames que je ne connaissais pas, quoique leur discussion fut ennuyeuse. En fait je cherchais un sujet pour ma publication de ce jour. J’envoyai un message à deux amis les informant de ce que pris par mes réunions, je n’étais pas certain de publier un récit ce mercredi. Tous deux m’encouragèrent et je ne mis pas de temps à trouver mon fil d’Ariane…

La discussion des deux femmes derrière moi, était ennuyeuse et bourrée de banalités. Le poids de la fatigue me fit m’assoupir quelques secondes. A un moment donné, j’entendis <<N’dékoukou…>> La plus jeune, tête baissée tripotait fébrilement son téléphone portable tandis que la plus grande la fixait en souriant. Je compris plus tard qu’elles attendaient quelqu’un qui non seulement mettait du temps à venir mais qui en cette minute-là, venait de leur faire « faux bon » comme on dit chez nous. En colère, la plus jeune la traita de honvi, ce que je ne puis traduire. Je compris à travers leur français approximatif que la personne qui venait de faire le faux bon, jouait un rôle important dans la vie de Tine, la plus jeune. Tine confiait à son alter ego qu’elle n’avait plus de quoi s’informer des nouvelles activités et autres révélations sur une certaine Kim Kardashian à la télé, ni de quoi suivre ses feuilletons préférés sur une certaine Novelas TV. Et pour cause, son abonnement au bouquet de chaînes internationales avait expiré. Le rendez-vous de ce soir était entre autres raisons pour recevoir de quoi opérer ce renouvellement…

– N’dékoukou  appelle-le encore la Tine… insistait la seconde.

Je remarquai qu’à chaque bout de phrase un <<la>> était dit : « N’dékoukou la ; attends la; assieds-toi la… »

– Non Dagan, il se prend trop celui-là. Petit abonnement là il se fait désirer.

<<Tine, quel prénom!>> me dis-je en riant. A ce moment précis, le dîner fut servi.

Nous dînâmes en regardant Donald Trump et commentant les événements de Nice. Chacun y alla de ses émotions.

A la fin du repas et alors que nous marchions pour héler un taxi, nous passâmes devant l’étalage d’une de ces « bonnes dames » de quartiers. Alfred s’acheta une brosse à dents car, déclara-t-il, <<il n’y a pas grande différence entre ce qui vous est offert en pharmacie hein. D’ailleurs là bas, ils vous vendent le produit avec la climatisation  et les impôts. En plus ces dames-là elles vendent de bonnes marques .>>. Il était comme fier de son achat et fut soutenu dans son argumentaire par d’autres.

Dans le taxi retour, les blagues fusaient de toutes part. Après la Place de l’indépendance et l’Avenue des Nîmes, nous entrâmes dans une ruelle où nous vîmes une bonne douzaine de demoiselles outrageusement fardées pour la plupart, et dont l’habillement laissait facilement deviner l’activité. Pour preuve, elle s’avançaient vers notre voiture à chaque fois que le chauffeur faisait semblant de s’arrêter… L’une d’elle en robe moulante aux motifs ressemblant à la peau d’un léopard, accourut. On aurait dit Tina Turner sur scène dans ses bottines… Notre voiture disparut et se gara à l’hôtel.

Dans le hall, quelle ne fut pas la surprise de mon acheteur de brosse à dents lorsque je lui demandai de jeter un coup d’œil à la marque de son produit…CulgrateCe qu’il crut avoir acheté n’était en réalité qu’un trompe l’œil. La fameuse brosse qu’il tenait avec une fierté déguisée, portait plutôt l’inscription d’un certain nom qui n’avait rien à voir avec la célèbre marque. Tout le groupe se dispersa en rigolade…

-Mais ce n’est pas possible, je me suis fait avoir, dit-il

-Ben non Alfred, répliquai-je. Ces dames-là elles vendent de bonnes marques sans aucune différence avec ce qui est exposé en pharmacie, rappelle-toi. Maintenant tu ne vas pas jeter ta brosse CULGRATE car son mode d’utilisation est clairement indiquée sur l’emballage : tu n’auras qu’à te gratter où tu lis avec…

Cette observation déclencha l’hilarité générale de plus belle. Alfred me lança l’emballage que je jetai à la poubelle. Il me pourchassa dans les escaliers et je disparus dans ma chambre en lui lançant « N’dékoukou! »…

A bientôt pour une autre chronique : petite histoire et récit du quotidien.

 Copyright : 20 juillet 2016.

 

Vraiment grand frère… mais pourquoi les femmes parlent comme ça !?

Cette question, c’est un zem qui me l’a posée… Au cas où vous ne sauriez pas ce que c’est qu’un zem, retenez simplement que c’est le diminutif de zémidjan, conducteur de taxi-moto.

Donc, ce jour-là, pendant mes vacances, j’entrepris de faire comme à mes habitudes, un rattrapage de ces plaisirs uniques au monde. Acheter du maïs grillé en bordure de route, se faire servir de l’igname frite et des galettes de haricot dans du papier ciment ou des documents d’origine douteuse de nos administrations publiques,  aller découvrir la nature en campagne à travers une villégiature. Mais aussi monter à zem et recevoir la force de l’air vous caresser continuellement le visage… Plaisir unique. Nulle part ailleurs. Donc ce jour-là disais-je, j’ai voulu essayer autre chose : prendre un de ces multiples bus branlants ralliant nos cités dortoirs au marché de Dantokpa pour 200 FCFA.

Malheureusement je n’en eus pas l’opportunité ce jour-là car le bus exposant le moins ses passagers aux risques que vous imaginez, avait démarré deux minutes avant que je n’eus le temps de faire « pssssst ! » au jeune apprenti accroché au pas de la portière… De guère las et déterminé à me faire plaisir, je hélai un zémidjan et partis vers Dantokpa. J’eus même le bonheur de photographier mon transport en commun que le zem rattrapa entre fumée et klaxon. Sur ses portières de l’arrière était écrit : « BATS-TOI : L’ENNEMI N’EST PAS DIEU ».

BBBUSSS

J’y reviendrai à travers une chronique spécialement consacrée à ces bouts de phrases, citations, proverbes… inscrits sur les transports en commun et les motos chez nous…

Dans un tournant, la cadence du vrombissement du moteur changea. Panne sèche. Un litre d’essence fut servi. J’ai remarqué que la moitié de la bouteille de Rhum Saint-James fut d’abord déversée dans le réservoir et le reste reçu le volume d’huile à moteur contenu dans une petite bouteille qui, sûrement et dans une « vie » antérieure, aura servi à offrir du sel à table. Vous voyez l’image… Après avoir penché la moto à ras le sol, il la démarra d’un coup sec de manivelle et nous reprîmes notre aventure. C’est arrivé dans un des feux tricolores qu’après avoir aperçu une dame -elle aussi à zem et tenant une bassine d’où pendait un sac en plastique-, mon zem grimaça une mimique me demandant de regarder dans la direction qu’il m’indiquait en tirant la bouche.   

Le téléphone collée à l’oreille, elle parlait à haute voix, à très haute voix. Je compris qu’elle n’avait pas autre choix que de ‘’se faire entendre’’ car l’orchestration des bruits de moteur donnait une symphonie qui n’existe sur aucune partition. Une vraie pétarade. J’en rigolai, la main collée au nez comme pour filtrer l’air enfumé. Mon zem la regarda, secoua la tête et émis ce son caractéristique comme pour exprimer son dégoût et son mépris : « tchrrrrrr ! »

– Vraiment grand frère mais pourquoi les femmes parlent comme ça !?

– Elles en ont le droit non ? 

– Oui mais regarde ce qu’elle a porté… et moi je vais avoir « çà là » sous mon toit ? Gbédéé jamais.

– Quel est le rapport ?

– Oh je vois, je vois, vraiment vous les cadres-là vous ne connaissez pas tout hein… Ou bien vous êtes un cadre non ? Un grand quelqu’un. Qui a vu la tortue sait quelle est la forme de son squelette. Vous êtes cadre encadré…

Je pouffai de rire et à mon interlocuteur de poursuivre…

– Sortez un peu de vos cadres, et regardez les choses autrement…

– Ah ouais ?  

– Ben oui, vous avez une vue des choses à la façon des intellectuels. Mais la vie çun pas ça hein fit-il observer

C’est ainsi que s’engagea un dialogue entre mon zem et moi sur tout le trajet. Je portai une attention bien particulière à ses mots qui résonnent encore. La tête tournée vers la droite et à contre-vent, mon zem s’est lâché, prolixe. <<Les femmes parlent ! Elles bavardent ! Partout, à toutes les occasions : entre elles, avec leurs époux, au marché, ou si cela se fait qu’elles aient un petit copain… Et là dit-il, c’est le comble : elles mélangent parole et gestes et se perdent dans les qualificatifs des qualités de leur mec. Coup de fil matin, coup de fil le soir, des heures à rêvasser et à ne rien faire…>>  A un moment du trajet, je me demandai si mon conducteur n’en avait pas un peu sur le cœur… ? Alors je me résolus de lui poser la question : «  êtes-vous marié ? »

– Non hein j’ai deux copines mais si tu passes une journée sans les appeler c’est que toi tu as des problèmes. Si tu ne fais pas attention tu ne vas même pas conduire normalement cette journée-là. Moi je ne les comprend pas. Et elles deviennent capricieuses et exigent des choses pas possibles. Moi ça me décourage. Mais quand il s’agit de demander des pagnes, des assiettes et des chaussures pour les fêtes elles sont dociles… Vraiment elles parlent hein ! Elles parlent trop. Même quand vous allez à une invitation, c’est elles qui remplissent leurs sacs de croissants, de bonbons, de sandwich et bière etc… C’est encore elles qui critiquent l’habit des autres femmes. Vraiment pourquoi tout ça !? Moi j’avais rendez-vous chez moi avec ma première copine, la togolaise. Elle est serveuse dans un bar à Jéricho. Comme elle ne venait pas, je suis allé au Bar l’attendre mais vous savez ? Elle avait fini depuis un bon moment mais était debout à papoter. Je ne sais de quoi elle parlait même. Ce qui est sûr moi je l’ai laissée et je suis rentré. Des fois, vous ne pouvez même pas parler car ça bavarde ! La petite situation que toi tu veux gérer simplement, eh bien, on te la complique tellement. Vraiment les femmes parlent trop. Et puis quand elles commencent par vieillir c’est autre chose. Pépénon la mémé qui habite la même rue que moi par exemple. 

– Elle a quoi de particulier cette bonne Pépénon ? Une bavarde aussi ?

– Azéto wê, c’est une sorcière, une vraie bavarde. Tu ne peux même pas passer devant la devanture de sa maison et oser marcher sur l’espace cimenté devant sa boutique. Tu ne peux pas hein. On dit même qu’elle est sorcière. Je vous dis que l’autre jour ma moto n’a pas démarré. Elle s’est arrêtée pile devant la maison de Pépénon. Je crois que la bougie était noyée et je me suis donc arrêté devant chez Pépénon pour souffler le gicleur et mon carburateur. Grands dieux ! Ce ne fut pas facile car c’était mon plus gros péché. Pépénon me traita de tous les noms. Elle en vint même à me traiter de avounyiyon (chien pourri) me demandant si ce sont mes daagbo (ancêtres) qui lui ont balayé sa devanture pour que je vienne m’accroupir sur sa terrasse et jouer au mécanicien ? Puis elle exigea même que je ramasse les gouttelettes de carburant dans le sable. J’ai eu chaud hein. Mais Dieu est avec moi car pendant la période des campagnes électorales, elle a perdu une de ses poules.

– Comment ça ?

– Oui, elle a perdu une de ses poules. Elle ne s’est pas contentée d’enfermer ses poussins en cage mais elle a réveillé toute la rue le lendemain à l’aube. De sa vilaine voix elle tonitruait, tapant sur je ne sais quel métal : « libérez ma poule ! libérez ma poule ! Ma poule qui s’est toujours baladée ici avec ses poussins n’est pas rentrée hier soir. Que vous ai-je fait ? Je ne veux pas vos histoires dans le quartier. Rendez-moi ma poule. Que celui qui l’a capturée la libère avant le lever du soleil. Si ce n’est pas le cas, celui-là trouvera Hêviosso sur son chemin. La divinité Gou boira son sang. Rendez-moi ma poule. Rendez-moi ma poule ou craignez le courroux du Dieu de la veuve que je suis. »

– Aaaah ! fis-je. Hêviosso, Gou et Dieu…

– Oui non ! Je vous ai dit que celle là bavarde trop. C’est une sorcière qui mélange tout. A force de rancune et bavardage voilà ce qu’elle est devenue.

– Et la poule, elle l’a retrouvée ?

– Moi je n’en sais plus rien mais cette nuit-là, j’ai compris que cette femme-là bavarde trop, malgré son  âge avancé.

Lorsque nous fûmes à destination je descendis de zem et lui tendis un billet de 2000 FCFA en paiement de la course. Il me pria de patienter quelques minutes, le temps de faire de la monnaie auprès des vendeuses assises le long de l’artère principale menant sous le pont du marché Dantokpa. Il revint au bout de deux minutes, poursuivi par une vendeuse de pure water (eau potable vendue en petits sacs plastiques).

 –  Tu ne vas pas m’acheter deux sachets de pior wata (pure water) et me remettre ce gros billet. Je n’ai pas la monnaie et je ne m’en irai pas tant que je n’ai pas mon argent.

Rigobert me rendit mon reliquat et je partis.

A un jet de pierre de la scène, il cria vers moi : « grand frère c’est ce que je te disais depuis longtemps hein : les femmes parlent trop ! » Il me fit un grand « au-revoir » de ses mains, tel un politicien rentré d’exil, et se retourna en riant…

Je rigolai un brin de secondes et poursuivis ma marche vers le marché…

A bientôt pour une autre chronique : petite histoire et récit du quotidien.

 Copyright : 13 juillet 2016.

 

Et si j’écrivais ?

Cette chronique aurait pu avoir pour titre : « Et si j’écrivais après cette rencontre inoubliable avec les hirondelles ? »

La décision d’écrire ces pages ne m’a pas pris de temps. Mais je crois qu’il m’aura manqué jusque-là, le coup de pouce ou du moins la petite chiquenaude pour me mettre en selle… A vrai dire, je pouvais, il y a quelques années ou encore dans mon quotidien actuel, m’y mettre et écrire des tomes. Dans ces livres, j’aurais sûrement parlé des difficultés ou situations de toutes sortes liées à la vie, mais surtout de toutes les belles rencontres que j’ai eues. Et pour cause  ma tête grouille de mille et une histoires, de petites histoires imaginées, vécues… Et des vécues mixées avec de l’imaginaire. Des histoires du quotidien. En route, en bordure de route, au marché, au bureau, en voyage, chez le coiffeur, chez le mécanicien,… de l’ouï-dire… Ma route a croisé celles de plusieurs personnes, de tous âges, de toutes conditions… Mais comme je le disais, le ressort, l’appui, l’encouragement me manquaient.

Puis il a fallu que la Roue de la Vie tourne…

Je reçus il y a un mois la visite d’un ami. Il a pour nom Denis. Denis Togbè ou Denisto comme j’aime bien l’appeler. Vers la fin de nos discussions, il m’informa de ce qu’a été créé un groupe de discussion hébergé par la plateforme de l’application Whatsapp et qui rassemble les anciens élèves du Collège Notre Dame des Apôtres. Il m’en narra quelques échanges et tout le plaisir qu’il en tire surtout des douces piques d’un certain Rémi. Rémi Tohou. Il ma parla de Doris, de Sikirath ainsi que de Francis Oscar. Il me parla de Parfait, d’Abraham, d’Ignace, d’Alfred et des autres… L’idée me plut. Alors Denis fit de sorte que j’en devienne membre. Quelle n’a pas été ma joie de retrouver des noms, des amis, des camarades de classe (comme on le dit chez nous), perdus de vue depuis…20 ans ! J’ai relu Milca : la miss aux cheveux afro. La technologie rassemble et rapproche. C’est donc vrai.     Ce groupe de discussion au nom évocateur d’hirondelles (Amicale Hirondelles NDA) vient à point nommé faire nos printemps, nos quarante printemps. Et la multitude que nous sommes, confirme l’adage « une hirondelle ne fait pas le printemps ». Il en faut donc plusieurs : une multitude, un essaim. Et nous le sommes.

Puis la semaine dernière, certains  amis m’ont dit qu’on n’allume pas une lampe pour la cacher, ni pour la mettre sous le boisseau. Au contraire on la place bien visible, et même au-dessus d’un promontoire pour qu’elle éclaire, illumine. J’ai cru après le partage écrit de ma mésaventure dakaroise, retrouver ce ressort qui selon toute évidence me faisait défaut : vos encouragements à donner bonne réponse au titre de cette chronique « Et si j’écrivais ? » Alors je m’y suis mis puisque j’étais sur le point d’en faire part à Rémi. La Roue de la Vie aura ainsi tourné et je partage avec vous le numéro zéro de la série (Chronique#0).

Chroniques & Petits récits : petites histoires du quotidien abordera sous ma plume, toutes sortes de sujets, tant que je serai inspiré. Je ne me fixe pas de limites : j’écrirai encore et encore. Je les partagerai avec vous et vos commentaires et critiques seront reçus avec un esprit ouvert.

Le décor étant planté, je vous retrouve en début de semaine pour le premier numéro de Chroniques & Petits récits : petites histoires du quotidien.

A la semaine prochaine.

10 juillet 2016

Souvenirs de voyage

CARNET DE ROUTE N°1

1er mai 2012

Parti de Cotonou à 14h15, nous sommes descendus à Lomé à 13h35 locales.

Le trajet a été modifié. L’escale par Lomé pour faire le plein  de Jet A1 (carburant pour aéronef) : le steward me l’a dit, buste incliné. Je crois qu’il est métis. D’ailleurs ça se voit. Ou alors un touareg, peulh, nord sahélien…

Par contre, son sourire laisse paraître de petites dents cassées, jaunes, noires…

15h10 à Cotonou et toujours Lomé. J’ai aperçu le Commandant sur le tarmac, se dirigeant vers le hall marqué « C ». Je suppose qu’il s’en va signer les papiers du ravitaillement en carburant car il a à ses côtés un autre monsieur tenant lui, une liasse de paperasse.

Pendant ce temps je vais faire pipi…

J’ai fait pipi. L’eau est bleue comme du détergeant. Comme on le dit au Bénin : « ils ont mis un produit dedans »

15h20. Le Commandant yovo arrive. Je l’aperçois par le hublot. Il est avec quatre autres personnes de la sécurité aéroportuaire. Peut-être. Deux ont porté un gilet couleur fluor à bandes bleues tandis que les deux autres sont simplement vêtus de tissus Wax.

Le haut-parleur crache : « fermeture de….Merci ». je crois qu’on s’en va.

Les gilets fluor et Wax sont descendus. L’escalier amovible est parti, tracté par le petit véhicule habituel.

Dans 3h40 nous serons à Dakar. Les consignes et gestes de sécurité nous sont encore montrés : « la ceinture de sécurité s’attache, s’ajuste et se détache de cette façon… » etc.

Nous sommes environ 10 passagers. De ma place 15A, je dénombre deux personnes derrière moi, deux personnes à gauche : 14E et 15E. Devant, un baba au 6D, un jeune homme au 6A, un autre au 6C et un autre au 7C. Je ne sais pas s’il y en a en Classe Affaire. Je vérifierai à Dakar…

15h33 à Cotonou : nous démarrons.

15h38 à Cotonou, la 15-293 Mc Donnell Douglas de Air Mali vient de prendre son envol pour Dakar Léopold Sédar Senghor. J’aperçois les immeubles de Lomé, minuscules. Nous survolons Sarakawa côté mer. Je vois la piscine….

17h05 à Cotonou. Nous sommes toujours là-haut, entre ciel et terre. Quelques secousses. Des secousses. Encore des secousses. Secousses en continues. 17h07 : zone de turbulence annoncée : le voyage se poursuit. Par-delà le hublor ; le vide est blanc. Epais comme un voile par temps d’harmattan.

18h37. Nous amorçons la descente sur Dakar…

Dakar ! ouf.

La navette nous a déposés au hall de débarquement. J’ai rempli la fiche et aidé un commerçant à remplir la sienne. C’est un jeune homme né en 1988. Il est illettré et habite Pikine. Je ne sais plus comment il s’appelle. Diallo ? Je ne sais plus. Je me suis rangé du côté des passagers en transit pour me rendre compte qu’en fait, je suis le seul. Là, quelle n’est pas ma surprise !

L’agent de Police me regarde longuement et me demande où je vais. « Conakry » répondis-je. « Et vous repartez par Senegal Airlines » ; j’acquiesçai d’un  « oui » de la tête.

Alors elle courut devant moi à  la porte ‘’A’’ s’enquérir… Je ne comprends pas ce qui se passe. De quoi vais-je me rendre compte… ? Yégué je craignais le pire. Non, ce ne doit pas être ce à quoi je pense. Noooon !

  • « Moeussieur, fit-elle dans son accent wolof, ils ont déjà embarqué. L’avion est prêt pour décollage ! »
  • Comment !!? fis-je, surpris.

En un clin d’œil, les rues de cadjèhoun, de Houéyiho et de Mènontin me vinrent à l’esprit avec leurs zemidjan bruyants. Yégué j’ai râté mon vol !

  • Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Air Mali est voenu (accent wolof) en retard.
  • Nous avons fait escale à Lomé pour le plein de carburant et nous voici à Dakar. Et et et … et moi il me faut bien continuer sur Conakry ! » prononçai-je, perdu.

En ce moment précis une chanson me vint à l’esprit « I am a Jamaican in New York ». Je me moquai et ris de moi en me traitant de SDF !

Voilà le début de ma mésaventure avec la 15-293 Mc Donnell Douglas qui m’a posé en retard à Dakar. L’agent de Police se propose de m’accompagner à l’agence de voyage. Mais avec les appels téléphoniques qu’elle recevait, je pris les devants. Le monsieur de la Compagnie de Voyage ne put rien pour moi car « nous ne vendons pas les billets », m’expliqua-t-il. Il m’indiqua les bureaux de la AHS (Airport Handling Services) où je me suis rendu. Les trois dames  à qui j’ai raconté mon déboire m’ont expliqué que seule AIR MALI pouvait m’aider. Mais Fête du Travail oblige, l’agence est fermée et le Chef d’escale n’est pas joignable. Il est 18h07 à Dakar ce 1er mai 2012. Zankou je dormirai dans la rue…

Je redescendis et refis le même trajet en compagnie de l’agent de Police, elle agrippée à son téléphone. Dans un dialogue en wolof avec quelques rares mots français, un contact a été pris et la personne appelée. A la fin du dialogue, on m’expliqua que je devrai attendre le retour de l’adjoint du Chef d’Escale AIR MALI. Le titulaire du poste, un certain M. DIOP n’étant pas joignable.

« Si vous l’attendez jusqu’à tard et qu’il ne vient pas, il faut gueuler les dames-là. Parce que c’est incroyable et inconcevable qu’on ne puisse pas s’occuper de vous. Il m’a dit que AIR MALI va régler vos frais. Vous devez donc présenter vos factures pour 25000 FCFA et ils vont vous rembourser ». Je la remerciai et partis récupérer ma valise. Je dus patienter car l’agent en charge était allé aux toiletes. Il en sortit au bout de 7 minutes après ma venue, se frottant les mains et s’essuyant le visage.

Je revins prendre le contact de l’agent de Police : Madame Hélène SAGNA Tél : 773210649.

Je sortis du hall et retournai remplir les formalités de douane t de police à l’arrivée.

Dehors il fait frais. Je m’achetai une carte Sim Orange et appelai Cotonou. Je narrai ma belle mésaventure à mon épouse et lui expliquai ce que j’entendais faire. Les images du SDF du film UN PRINCE A NEW YORK me vinrent à l’esprit et j’en rigolai. Vais-je dormir sous des cartons et faire les poubelles de Dakar… ? Je passai des coups de fils à mes collègues du Sénégal et fus rassuré car ma situation virant au précaire, fut sous contrôle. Après maintes tentatives, je parvins à joindre Conakry pour comme on dit « signaler ma position ». Plus tard, Cheick GUEYE vient me récupérer dans le lot des bonnets et chéchias des Sérère, Wolof, et Toucouleurs Sénégalais, amassés à l’entrée de l’aéroport vendant cadenas, habits, cartes Sim et cartes de recharges. Des conducteurs de taxi aussi.

Avec l’accord de la Direction locale de mon employeur pour mon hébergement, je fus au NOVOTEL Dakar. Chambre 923. Je dinai, dormi autour de 1h32 de Cotonou. J’aurai ainsi raté ma présentation au Comité de Direction de Conakry. Mais tout concourt au bien de celui qui aime Dieu. Que toute Gloire Lui soit rendue. Amen. Je rappelai ma famille et parlai aux enfants.

Le lendemain 02 mai 2012, je fus à la porte A1, bien des heures avant l’heure et prêt pour l’embarquement. Hier j’avais confirmé mon billet sur le vol DN 1021 de Senegal Airlines. Je suis assis. Les passagers à destination de Bissau et Conakry viennent d’être appelés : il est 17h05 à Dakar. Départ à 17h30.

19H30 de Cotonou. Encore du soleil à Dakar. L’avion est plein à craquer. Toutes les places sont occupées. Des bagages n’ont pu être rangés convenablement. Je vois des valises, des mallettes, des sacoches, des ballots posés sous les pieds. Nous ferons Conakry avant Bissau.

20H50 : Conakry.

A suivre…