Dona, Tron !

La 504 bâchée n’en pouvait plus. Elle halète. Elle baille. Elle pousse des ahan ! C’est foutu, la culasse a lâché… Surchargée à ras le toit, elle a crié son amertume depuis une vingtaine de kilomètres  sur la route de Savi. Dona dut immobiliser la mastodonte une ultime fois pour se coucher sous le moteur. Le cliquetis de tournevis et de clé à molette ne faisait qu’irriter davantage les passagers qui juraient à tour de rôle. Plus jamais ils ne prendraient ce « cercueil » mobile.

–  Non, jamais, plus jamais. Et toi Dona tu nous a roulées, tu as promis qu’on serait à Ganhito avant 9h et nous voici perdus dans Savikanmin ici, disait Assibanon, vendeuse de tomates.

– Je vous avais bien dit que cette voiture date de 1918 et pourtant vous m’avez entraînée dedans et pourquoi ? Pourquoi vous ai-je donc suivies ? Hein ? Hindji ? Franchement…

– Toi Tais-toi là bas hein Nora-Chantou. Après c’est pour déambuler en pantalon. Au lieu de nous insulter vas-y vois ce qui se passe sous la voiture. Depuis trente minutes que Dona s’est engouffré en dessous.

– Ok Maman Corine je reviens.

Parties de Sékou tôt ce matin-là, le groupement de femmes maraîchères devait se rendre à Ganhito livrer leurs récoltes de fruits et légumes frais. D’habitude, la transaction se passe sans le moindre incident depuis la cueillette, la mise en panier à bord champ, le transport à la gare routière de Sékou, le chargement et le trajet jusqu’à Cotonou. Mais ce matin-là, Oscar le conducteur de la fourgonnette ne fut pas au rendez-vous. Les femmes apprirent plus tard que voulant emprunter un raccourci, il se retrouva dans un ravin. Même s’il n’y avait pas grand dommage, la fourgonnette était dans un tel état qu’il ne pouvait se rendre à Cotonou que tard dans la journée. Sautant sur l’occasion, Nora-Chantou fit appel à son cousin Dona. Dona ne se fit pas prier. Dès 5h30 du matin, il était  dans la ferme après avoir fait le plein de son réservoir. Il avait été si affairé que Assibanon, la responsable de la coopérative en fit louange. << Ah ton Dona est vraiement une grâce hein, il est très consciencieux. Regarde comment il contrôle le moteur et complète l’huile à moteur. Ah ça, je pense que nous avons trouvé notre deuxième transporteur>>

Donatien Tron, alias Dona chauffeur mécanicien diéséliste a fini son apprentissage et reçut son diplôme le 25 décembre dernier. Le jour de cette « libération » coïncidant avec la Noël, sa maman fit entendre à tout l’arrondissement que le nom de son fils était choisi par Dieu. « Ah oui, Donatché, mon Dona, Donatien n’est pas né par radar » disait-elle. Au meunier du coin, elle a confié que Dona était béni de Dieu car né un jour de Maouloud, il fit ses premiers pas un jour d’Ascension, commença l’école au lendemain de la célébration de la fête de l’Indépendance du pays, ce qui marque assurément son ascension dans la vie qui se traduit par sa liberté d’entreprise. Il est indépendant, il ne travaille pour personne. Il jouit des fruits de sa sueur et en fait profiter sa famille. Oh, qu’il est béni ! Pour elle, son fils qui reçut son diplôme à Noël, jour de naissance du petit Jésus, ne pouvait pas chômer. Après avoir reçu sa part de tontine, elle lui fit agrandir l’espace de l’autre côté du site d’incinération des déchets à Avamè. Dona devint alors propriétaire de garage avec diverses fortunes. Convoqué à maintes reprises à la Gendarmerie pour disparition de pneus et changement de piston et clignotants dits « adaptables », il parvient toujours à s’en sortir après des promesses au CB (Chef de Brigade). Il en venait même à s’en enorgueillir arguant du  fait que chez les Tron il y a le assiki, la chance.

<<Je suis Dona Tron, Successeur de Obama et Président des EUA. Vous n’entendez pas comment je me nomme ? Dona Tron ! L’autre est Président des Etats Unis d’Amérique, et moi je suis Président des Engins Usagers d’Avamè.>>

<<Ta vantardise te perdra>>, lui disait Nora-Chantou.

A sa dernière interpellation à la Gendarmerie, elle dut « casser sa tontine » pour venir à son secours. Une histoire de roue. Une roue secours. La roue secours d’une des voitures de ses clients en réparation. Le client demanda réparation. La roue secours avait disparu. Quand la nouvelle de la disparition lui parvint, il ne cria au secours. Il proclamait à qui veut l’entendre, que de l’Eternel viendra son secours. Plus tard, voyant que le cours des événements ne tournait pas à son avantage, il menaça de faire carnage, jurant par Gou (la divinité dont il use des attributs dans non métier). Ceci ne fut du goût de ses proches catéchistes qui l’emmenèrent au Conseil Paroissial pour explications… En définitive, Nora-Chantou intervint auprès de son père, président dudit conseil à la Paroisse Sainte Anita. La semaine suivante, Dona acquis sa Peugeot 504, engagea un apprentis et se convertit en transporteur pour dit-il « joindre les deux bouts ».

Au sortir de la Peugeot, Nora-Chantou se prit la robe dans un bout de tôle débordant de la carrosserie. Sa robe se déchira dans un bruit sec. Elle cria <<Dona, Tron monto glô ! Dona, sors de sous la voiture. Regarde ce que ta « caisse » a causé. Ma robe est déchirée. D’ailleurs fais en sorte qu’on démarre il est déjà 8h. Si jamais on arrive après le départ des clients acheteurs de Lagos, tu vas voir ce qu’on va te faire… Après c’est pour dire que tu portes le nom du président des USA. C’est pas des comme toi qui sont présidents. Et puis tu as raison président de tes citoyens, oui des carcasses venues de je ne sais où… Venues de France ou Afghanistan ? D’ailleurs je vois bien comment tu présides aux destinés des engins usagers : tu leur soustrais des pièces et tu joues à la victime. Espèce de Donald Trump. Trompette. Trompeur. Tu vas tromper qui ?.. Nous on t’attend pour partir hein.

504_dona_tron_14022017

Plus tard, l’on vit devant le Port de Cotonou, la 504 immobile, inerte avec Dona Tron tout couvert de sueur. Les passagères durent héler des zémidjans. D’autres parcoururent la dernière distance à pied, les paniers sur la tête.

Lorsqu’il parvint a réparer sa voiture et vint se garer à Ganhito en début d’après-midi, il ne retrouva plus qu’une seule de ses passagères : Nora-Chantou. Elle lui tendit un billet de 5000 F CFA. <<Et estime-toi heureux car nous n’avons pas déduit l’estimation du temps perdu>>. Ils en étaient là quand le mécanicien qui répara la voiture vint réclamer ses frais.

– Tu as dit que tu reviendrais assez vite non ? Tu crois que j’ai un atelier dédié aux clients de ton espèce ? Je ne vais pas travailler gratuitement pour ta vantardise hein Donald Trump. Remets-moi mes 5000F rapidement sinon tu verras tes étoiles de ton drapeau tout de suite.

Dona Tron remit le billet et se signa en disant : <<God Bless you. God Bless America>>

Au loin on entendit  des éclats de rires ponctués de « Prégoooo!!! » et « Préziiiii!! »

Ganhito, le 14 février 2017.

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3 commentaires sur “Dona, Tron !

  1. mdr….quelle histoire! belle histoire avec de l’humour. Je note deux points: une mère, elle est prête à tous les sacrifices pour voir évoluer son enfant (on voit à travers l’installation de Dona par sa mère).

    Une femme, quand vous l’avez dans votre vie et qu’elle vous aime, elle est également prête à tout pour vous. On voit bien Nora-Chantou qui l’aide en début de lecture et qui malgré tout, a été la seule à l’avoir attendu, à Ganhito, bien qu’elle soit fachée! oh femme, oh amour……et puis vous les hommes hein…..Quel prétentieux ce Dona Tromp Trompeur…mdr…

    Merci Fulgence

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  2. Un vrai régal ! Comme je les aime..Un tableau qui peint notre réalité et quand c’est mélangé à de l’humour, on en redemande… Merci l’artiste !

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  3. Doña .tron …
    Cette réalité du pays se vit bien .
    Ce récit démontre a la fin que notre pauvre chauffeur n ‘a rien gagné sur ce voyage .j’imagine sa colère et l,état d’âme du propriétaire de la 504 si ce soir le chauffeur venait lui dire cette péripétie sans verser une redevance. Car l’autre pratique ici chez nous aussi est ceci.comme le dis un adage dans la langue véhiculaire adja une tentative d explication de ce proverbe adja:
    Un vieux paysan adja alla au champ pour préparer ses travaux champêtre s en attendant les dernière s pluies ..par coutume les cultivateurs ont toujours un QG dans leur champ ou ils se reposent après de rudes travaux .on y trouve un doux feux allumé pour cuire les tubercules ,de canari rempli d ,eau etc…
    Notre cultivateur après une journée très ensoleillée remplie de dures tâches rejoignit son QG pour se reposer et c’ est là il vit un gibier .Animé d’allégresse il lança son coupe coupe sous forme d ‘arc au gibier et le coupe coupe dans sa trajectoire rate le gibier ,blesse le canari d,eau et par finir le feu doux éteint .
    Conclu sion:
    Il a raté le gibier|l’eau est versée au sol et le feu éteint. Il n’a rien gagné…rire.

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