N’dékoukou

Hier j’ai eu des moments de fou rire avec des amis.

Tous collègues au sein du même holding, nous venons d’horizons divers, de différents pays. L’occasion d’une rencontre régionale et nous voici tous à Lomé. Certains, découragés par les repas servis à l’hôtel, mais tous, animés par l’envie de goûter à la cuisine locale, nous avons décidé de nous faire plaisir. Kafui et Elom, se proposèrent de nous servir de guides et de nous emmener découvrir le poisson à la braise dans l’une des enseignes de la capitale togolaise…

Je m’y attendais. Comme dans la plupart des maquis et gargotes de nos quartiers de ville, la terrasse de CHEZ BROVI était assez animée. Des clients attablés. Des tables garnies. Des garnitures selon les choix. Des choix multiples à la carte. La carte des menus, des bières, vins dans presque toutes les mains. Les mains des serveuses occupées à prendre notes des commandes et à servir. Un service à l’image de l’enseigne. Et dehors, l’enseigne lumineuse indiquant le lieu. Brovi

Des couples allant et venant, des demoiselles rivalisant en gabarit… J’ai gardé de cette soirée un souvenir aussi bien dans ma mémoire, qu’immortalisé par l’objectif de mon appareil photo.

Nos deux guides nous indiquèrent une table à laquelle une serveuse s’empressa d’accoler une seconde table de sorte qu’elle devint plus longue pour accueillir le nombre que nous étions : huit. Autour de nous, du monde. Des familles venues dîner. Des hommes, certainement des amis ou travaillant ensemble, venus discuter autour de tables garnies de bières. Dans trois ou quatre coins de l’espace couvert par la terrasse, je pus remarquer des postes téléviseurs diffusant des clips vidéos. Les images du concert de Ray Charles interprétant I got a woman me firent m’évader quelques minutes. Derrière moi j’entendis dire que l’autre chanteur aveugle mais non moins célèbre était son fils ! De la description faite par le jeune homme, je devinai aisément qu’il parlait de Stevie Wonder. <<hummm, fis-je, depuis quand est-il le fils de Ray ?>> Elom sourit et dit <<mon pote, laisse, ici on est au 228!>> Je mis cinq secondes avant de comprendre qu’il me parlait de l’indicatif téléphonique du Togo, pour signifier que je ne suis pas à Cotonou… Allez-y comprendre quelque chose… Je me reconnectai aux classiques de Ray et au balancement typique de sa tête : gauche, droite, gauche, droite s’accordant parfaitement aux accords de son piano. Mais mon plaisir ne fut que d’un court instant lorsque je fus invité à choisir le poisson que je souhaite avoir comme dîner. C’est la pratique dans ce maquis me dit-on. Alors, je découvris devant moi, posés sur une sorte de plateau en bois peint, une variété de poissons…POILes choix faits et les commandes passées, nous passâmes le temps à discuter en attendant d’être servis. Moi, entre deux échanges, je me surpris entrain d’écouter deux dames que je ne connaissais pas, quoique leur discussion fut ennuyeuse. En fait je cherchais un sujet pour ma publication de ce jour. J’envoyai un message à deux amis les informant de ce que pris par mes réunions, je n’étais pas certain de publier un récit ce mercredi. Tous deux m’encouragèrent et je ne mis pas de temps à trouver mon fil d’Ariane…

La discussion des deux femmes derrière moi, était ennuyeuse et bourrée de banalités. Le poids de la fatigue me fit m’assoupir quelques secondes. A un moment donné, j’entendis <<N’dékoukou…>> La plus jeune, tête baissée tripotait fébrilement son téléphone portable tandis que la plus grande la fixait en souriant. Je compris plus tard qu’elles attendaient quelqu’un qui non seulement mettait du temps à venir mais qui en cette minute-là, venait de leur faire « faux bon » comme on dit chez nous. En colère, la plus jeune la traita de honvi, ce que je ne puis traduire. Je compris à travers leur français approximatif que la personne qui venait de faire le faux bon, jouait un rôle important dans la vie de Tine, la plus jeune. Tine confiait à son alter ego qu’elle n’avait plus de quoi s’informer des nouvelles activités et autres révélations sur une certaine Kim Kardashian à la télé, ni de quoi suivre ses feuilletons préférés sur une certaine Novelas TV. Et pour cause, son abonnement au bouquet de chaînes internationales avait expiré. Le rendez-vous de ce soir était entre autres raisons pour recevoir de quoi opérer ce renouvellement…

– N’dékoukou  appelle-le encore la Tine… insistait la seconde.

Je remarquai qu’à chaque bout de phrase un <<la>> était dit : « N’dékoukou la ; attends la; assieds-toi la… »

– Non Dagan, il se prend trop celui-là. Petit abonnement là il se fait désirer.

<<Tine, quel prénom!>> me dis-je en riant. A ce moment précis, le dîner fut servi.

Nous dînâmes en regardant Donald Trump et commentant les événements de Nice. Chacun y alla de ses émotions.

A la fin du repas et alors que nous marchions pour héler un taxi, nous passâmes devant l’étalage d’une de ces « bonnes dames » de quartiers. Alfred s’acheta une brosse à dents car, déclara-t-il, <<il n’y a pas grande différence entre ce qui vous est offert en pharmacie hein. D’ailleurs là bas, ils vous vendent le produit avec la climatisation  et les impôts. En plus ces dames-là elles vendent de bonnes marques .>>. Il était comme fier de son achat et fut soutenu dans son argumentaire par d’autres.

Dans le taxi retour, les blagues fusaient de toutes part. Après la Place de l’indépendance et l’Avenue des Nîmes, nous entrâmes dans une ruelle où nous vîmes une bonne douzaine de demoiselles outrageusement fardées pour la plupart, et dont l’habillement laissait facilement deviner l’activité. Pour preuve, elle s’avançaient vers notre voiture à chaque fois que le chauffeur faisait semblant de s’arrêter… L’une d’elle en robe moulante aux motifs ressemblant à la peau d’un léopard, accourut. On aurait dit Tina Turner sur scène dans ses bottines… Notre voiture disparut et se gara à l’hôtel.

Dans le hall, quelle ne fut pas la surprise de mon acheteur de brosse à dents lorsque je lui demandai de jeter un coup d’œil à la marque de son produit…CulgrateCe qu’il crut avoir acheté n’était en réalité qu’un trompe l’œil. La fameuse brosse qu’il tenait avec une fierté déguisée, portait plutôt l’inscription d’un certain nom qui n’avait rien à voir avec la célèbre marque. Tout le groupe se dispersa en rigolade…

-Mais ce n’est pas possible, je me suis fait avoir, dit-il

-Ben non Alfred, répliquai-je. Ces dames-là elles vendent de bonnes marques sans aucune différence avec ce qui est exposé en pharmacie, rappelle-toi. Maintenant tu ne vas pas jeter ta brosse CULGRATE car son mode d’utilisation est clairement indiquée sur l’emballage : tu n’auras qu’à te gratter où tu lis avec…

Cette observation déclencha l’hilarité générale de plus belle. Alfred me lança l’emballage que je jetai à la poubelle. Il me pourchassa dans les escaliers et je disparus dans ma chambre en lui lançant « N’dékoukou! »…

A bientôt pour une autre chronique : petite histoire et récit du quotidien.

 Copyright : 20 juillet 2016.

 

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9 commentaires sur “N’dékoukou

  1. Congratulations, my brother ! Tu as une imagination fertile. Ton œil et ta plume donnent parfois à ta signature un cachet qui n’ennuie pas. Un cachet qui fait sourire, qui fait réfléchir et qui, ma foi, pousse à faire désormais attention à ce qui nous entoure. Un cachet qui pousse aussi à faire attention à chaque détail, même « insignifiant ». Keep it up !

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  2. Bravo mon écrivain. Très intéressant comme histoire et.lecture bien agréable. On ne sent pas du tout une once d’imagination dans cette histoire. Je t’encourage à aller de l’avant et rendre l’utile à l’agréable. Une passion qui vous donne plus.qu’une satisfaction morale,.C’est toujours un plus! A bientôt pour la suite des historien.

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  3. Riressss…à en vivre! N’dekoukou, o ma do « Un de gbede na! ». Fonce mon Frangin. Je te raconterai aussi mon séjour à Parakou depuis hier. À bientôt!

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  4. Je suis mort de rire….reste mon enterrement et ce jour j’espère qu’une brosse « culgrate » viendra me sortir de profond sommeil de rire. Bravo l’artiste. Ça c’est savoir joindre l’utile à l’agréable. Au plaisir de te lire dans tes prochaines aventures. Ndekoukou fofovi débla gnlon bou.

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  5. Un vrai délice l’écrivain nous fait découvrir les réalités de chez nous je ne demande qu’à déguster encore et encore de vos écrits monsieur l’écrivain n’dékoukou

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